Julien Green, diariste et essayiste

Cette publication reprend les travaux du colloque de Maynooth, le onzième organisé par la Société Internationale d’Etudes Greeniennes (S.I.E.G.) depuis sa fondation en 1994.

 Introduction

Nos amis français venus au Colloque International Julien Green, Diariste et Essayiste organisé au campus universitaire de Maynooth à 25 kilomètres à l’ouest de Dublin, n’ont pas été dépaysés. Des liens français se manifestent partout dans ce beau site. A l’entrée du campus, on voit les ruines d’un château du 12ème siècle qui appartenait à la famille d’origine normande, Fitzgerald. Dans le hall de Stoyte House, maison géorgienne, une plaque commémore la fondation du séminaire national et de la Faculté de Théologie en 1795 par des prêtres français dont plusieurs étaient professeurs de la Sorbonne. Maynooth garde toujours des liens avec la Sorbonne (Paris IV) dans le cadre du programme Socrates, programme d’échange pour étudiants.

La rosace de la grande chapelle néo-gothique est une imitation de celle de la cathédrale de Reims, lieu du sacre de la plupart des rois de France.

Au cours de son histoire, Maynooth a accueilli plusieurs visiteurs français distingués. Montalembert a visité Maynooth en 1830, année où il a fondé L’Avenir avec Lacordaire et Lamennais. Dans son Journal de voyage, il se déclare très impressionné par la grande culture des professeurs et des étudiants de Maynooth, chose qui n’a pas changé ! En 1980, la Comtesse de Paris a visité le campus. Entre-temps, le Dé¬partement de français a eu le plaisir d’accueillir de grands spécialistes français comme le professeur Aulotte, spécialiste de Montaigne, Michel Décaudin, spécialiste d’Apollinaire, Alain Robbe-Grillet, le "pape" de l’école du nouveau roman et Emmanuel Leroy-Ladurie du Collège de France.

En 1974, Julien Green a visité le campus en compagnie de son ami, le romancier irlandais, John Broderick. Il a été très sensible à la beauté des bâtiments néo-gothiques de Pugin dont le père était normand et à qui on doit aussi le Parlement de Londres (1). Julien Green est toujours vivant à Maynooth, dans la mesure où ses écrits autobiographiques figurent au programme de maîtrise de littérature française.

Maynooth était donc un endroit très convenable à un colloque consacré à l’œuvre de Green. En se concentrant sur le Journal et les Essais, le colloque a eu pour but de situer ces ouvrages dans le cadre du renouveau actuel de curiosité pour les écrits intimistes. Le Journal de Green est l’un des journaux les plus célèbres et les plus étendus de XXème siècle (1919-1998) et il est particulièrement représentatif de l’évolution du genre diaristique à l’époque contemporaine par sa richesse et sa diversité. Les Essais de Green abondent en réflexions sur des questions soulevées par ses lectures.


Les interventions du colloque (et, par conséquent, les articles de ce livre) se composent de quatre parties.

La première partie est consacrée à la dimension spirituelle du Journal et des Essais. Il s’agit d’une analyse des problèmes du croyant par Hélène Dottin, du drame du péché par Michael O’Dwyer, d’une étude de la transposition dramatique de l’histoire de la conversion de l’auteur dans sa pièce, L ’Ennemi, par Michel Dyé. Cette étude est faite dans la perspective des commentaires faits par Green dans le Journal. Dans cette partie, Valérie Catelain fait aussi une étude des réflexions de Green sur le drame spirituel des personnages de Joyce. N’oublions pas que Green a publié un article très important sur Ulysses de Joyce dans la revue, Philosophies, en 1923. Dans cet article, il a été particulièrement sensible à l’analyse du courant de conscience chez Joyce.

Dans la deuxième partie, `Julien Green et l’étranger’, deux arti-cles portent sur deux auteurs qui ont exercé une influence énorme sur Green : Dickens et Hawthorne. Christophe Annoussamy étudie l’importance de Dickens, une des grandes figures littéraires qui a comblé la solitude de la vie de Green, tandis que Joseph Murray cerne l’influence de Hawthorne, chez qui Green découvre `non pas un modèle, mais un frère dans le temps, épris de vérité au point à en avoir la conscience inquiète’ (2). Dans cette partie, Daniela Fabiani présente aussi le thème du voyage comme impératif intérieur et élément important de la formation personnelle du diariste.

Julien Green a aussi eu des rapports difficiles et ambigus avec les auteurs de son époque. L’étude de Michèle Raclot, Présidente de la Société Internationale d’Etudes Greeniennes, du portrait de Gide dans le Journal fait ressortir toute la complexité de ces difficultés et de ces ambiguïtés. Green a aussi rejoint d’autres auteurs chrétiens dans ses analyses des thèmes de l’hypocrisie et de la tiédeur, ce qui se dégage de l’étude d’Eamon Maher sur la comparaison entre les Essais de Green et ceux de Sulivan. Green s’est souvent déclaré indifférent vis-à-vis de la société de son époque et il s’est aussi déclaré peu intéressé par la politique. L’article de Silvia Salvucci sur le diariste face à son époque dans cette partie montre qu’il était plus intéressé qu’il n’en avait l’air par les événements contemporains et par la politique.

Dans la quatrième partie, ’Julien Green styliste et traducteur’, l’article d’Edith Perry, ’le journal dans le Journal’, attire l’attention du lecteur sur l’importance des relectures, des notules et des commentaires rectificatifs du diariste sur le Journal qu’il est en train de rédiger. L’analyse de Marie-Françoise Canérot du Discours de réception à l’Académie française est à la fois une analyse des techniques de la rhétorique du discours greenien et une étude des rapports entre Green et Mauriac. L’étude de Kathleen Shields sur Green traducteur de lui-même montre qu’un écrivain peut avoir deux ou même plusieurs patries et que puisque Green fait preuve d’appartenances multiples, on pourrait dire que c’est un écrivain francophone avant la lettre.

Ce colloque de Maynooth a été le onzième colloque organisé par la Société Internationale d’Etudes Greeniennes (S.I.E.G.) depuis sa fondation en 1994. Espérons que les interventions ouvriront de nouvelles perspectives à d’autres chercheurs sur l’œuvre de Green dont il reste toujours énormément de richesses à découvrir.

 Table des Matières

  • Remerciements - P. 9
  • MICHAEL O’DWYER - Introduction - P. 11
  • Première partie - La dimension spirituelle du Journal et des Essais
    • HELENE DOTTIN - Vers l’Invisible : le Journal d’un croyant - P. 17
    • MICHAEL O’DWYER - Le Drame du péché dans le Journal de Julien Green - P. 35
    • MICHEL DYE - L’Expérience spirituelle de L ’Ennemi à la lumière du Journal et des Essais - P. 49
    • VALERIE CATELAIN - Regards greeniens sur Dedalus et Ulysses de James Joyce ou la quête perilleuse de l’indépendance spirituelle - P. 67
  • Deuxième partie - Julien Green et l’étranger
    • CHRISTOPHE ANNOUSSAMY - Le Commentaire de lecture dans le Journal de Julien Green : l’exemple de Charles Dickens - P. 87
    • JOSEPH MURRAY - Essai biographique et fiction : Julien Green et la chambre hantée de Salem - P. 107
    • DANIELA FABIANI - Voyage et écriture dans le Journal de Julien Green - P. 121
  • Troisième partie - Julien Green et l’esprit de son époque
    • MICHELE RACLOT - André Gide dans le Journal de Julien Green : Un essai fil à fil - P. 141
    • EAMON MAHER - Lecture intertextuelle des premiers essais de Julien Green et de Jean Sulivan : remise en question de l’hypocrisie et de la tiédeur - P. 167
    • SILVIA SALVUCCI - Julien Green diariste face à son époque - P. 177
  • Quatrième partie - Julien Green styliste et traducteur
    • EDITH PERRY - Le journal dans le Journal de Julien Green : entre la totalisation et la lacune - P. 199
    • MARIE-FRANÇOISE CANEROT - La Rhétorique du cœur dans Le Discours de réception à l’Académie française de Julien Green - P. 213
    • KATHLEEN SHIELDS - Julien Green traducteur de lui-même - P. 229
  • Bibliographie - P. 241
  • Les Auteurs - P. 257
  • Index - P. 261

Notes

(1) - Voir Julien Green, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, VI, p. 165, à la date du 17 mai 1974.

(2) - Julien Green, Pourquoi suis-je moi ?, Journal 1993-1996 (Paris : Fayard, 1996) p. 403, à la date du 18 février 1996.

8 mars 2007, par Michael O’Dwyer

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